Limiter les risques climatiques au Bénin

Published 9:00 am
November 26, 2015
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Les vents violents font partie des aléas climatiques auxquels le Benin fait face. Crédits photo : PNUD Bénin
« Je me souviens, quand j’avais entre 10 et 13 ans, les greniers de mes parents étaient toujours pleins. A l’orée des nouvelles récoltes, mon père partageait une partie de ses réserves par solidarité villageoise… Mais au fur et à mesure que je prenais de l’âge, cette solidarité disparaissait. Les pluies devenaient incertaines et nos récoltes se réduisaient progressivement, » raconte Ali Hamza, un septuagénaire de Guéné, village de la vallée du Niger au nord du Bénin.
L’agriculteur décrit les différentes phases du changement de climat qu’il a pu observer au long de son parcours de cultivateur : « Pendant que mon épouse attendait notre quatrième enfant, la pluie n’est quasi pas tombée et je n’ai pas récolté le quart de ce dont j’avais l’habitude. Pour couvrir les frais d’hospitalisation, j’ai dû travailler comme cordonnier ambulant pendant plusieurs jours, » ajoute-t-il.
Le Bénin, à l’instar d’autres pays d’Afrique, se voit confronté à des modifications de climat dévastatrices et de plus en plus fréquentes : inondation, sécheresse, élévation du niveau de la mer, vents forts, érosion côtière… Comme en témoignent les inondations de 2010 qui ont fait près de 700 000 sinistrés et entraîné des dommages estimés à 127 milliards de FCFA (soit 250 millions de dollars), les dégâts causés par les perturbations climatiques sont énormes, alors que les mécanismes de prévention de ces risques sont presque inexistants.
« Nous sommes obligés de nous reconvertir car l’eau déborde de son lit et envahit nos terres. Depuis 2011, je suis devenu conducteur de taxi-moto », dit Abdou, un agriculteur victime d’inondation.

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Arnaud Zannou, expert hydrologue du projet SAP Bénin explique le fonctionnement de la station hydrométrique de Cotonou. Crédits photo: PNUD Bénin
Au centre des efforts de prévention et d’adaptation du pays figure le projet SAP (Système d’Alerte Précoce), co-financé par le PNUD, le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et le gouvernement.
Lancé en janvier 2014, le projet s’étend sur une période de 4 ans et comprend deux volets : améliorer l’information climatique et rendre le dispositif d’alerte plus performant. Il servira à anticiper les catastrophes et assurera donc une meilleure gestion des risques.
Sur un total de 40 prévus, 25 stations hydrométriques automatiques ont déjà été installées pour mesurer les variations des niveaux des cours d’eau et alerter les populations en cas d’inondation ou de sécheresse.
Par ailleurs, les services météorologiques et hydrologiques nationaux élaborent des avis et conseils ciblés, tenant compte des prévisions climatiques saisonnières. Cette année 2015, des messages diffusés sur les chaînes de radios et la télévision nationale conseillaient aux agriculteurs de privilégier les variétés à cycle court résistantes à la sécheresse pour pallier aux pluies tardives et irrégulières.
Ce projet s’inspire d’une initiative déjà mise en place au Kénya et aussi de l’expérience des Pays-Bas. C’est ainsi que 6 ingénieurs ont été formés sur l’analyse, la modélisation et la prévision des données et informations météorologiques, hydrologiques et océanologiques.
Sur le long terme, l’objectif du SAP est de planifier l’adaptation au changement climatique au Bénin.
Autre initiative lancée en 2013 avec l’appui du PNUD, le projet de reboisement “dix millions d’âmes, dix millions d’arbres” incite chaque Béninois à planter et à entretenir au moins un arbre chaque année pendant cinq ans, pour obtenir un nombre de nouveaux arbres égal à l’effectif de la population, estimé à environ 10 millions d’habitants.

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Des tempêtes de plus en plus fréquentes ravagent les villes. Crédits photo : Hippolyte Agossou
Pour Issiaka Asso, sage de village et ancien exploitant forestier, la modification observée au niveau du climat est la résultante de nos comportements : « Pendant près de trente ans, je suis passé de localité en localité pour couper illégalement des portions de forêt que je détruisais, convoyant les bois vers la capitale économique pour la vente. Je n’étais pas seul, poursuit-il, et la plupart des espèces végétales qui se trouvaient dans nos forêts ont été abattues sans alternative. »
Désormais, une instance décisionnelle couronne l’ensemble des mesures prises. La « Commission de modélisation économique des impacts et de l’intégration des changements climatiques dans le budget de l’État » témoigne de la volonté politique du Bénin de s’atteler aux mesures d’adaptation aux effets du changement climatique. « Le meilleur outil est l’instrument budgétaire. Les experts béninois seront amenés à quantifier le coût de l’inaction en matière de changement climatique et ce qu’on gagnerait en investissant dans les mesures d’adaptation », explique Isidore Agbokou, Team Leader de l’Unité Développement Durable et Croissance Inclusive au PNUD Bénin.
Cette histoire a été concue par Hippolyte Agossou dans le cadre du concours de reportage #Voices2Paris du PNUD. Hippolyte Agossou, 30 ans, est journaliste présentateur à E-télé à Parakou. Titulaire d’une Maitrise en géographie, il se spécialise comme journaliste environnementaliste à l’école doctorale de l’Université en Gestion de l’Environnement.
The CVF is an official partner in the Voices2Paris initiative led by UNDP and the CVF blog will publish stories and other updates from the contest on the CVF site during November/December 2015.

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